Difficile d’échapper à l’information. Dans l’affaire des écoutes, en première instance, Nicolas Sarkozy a été condamné le 1er mars à trois ans de prison (dont un an ferme) pour corruption et trafic d’influence. Il a fait appel de cette décision. Pour la première fois, un ancien président est condamné à de la prison ferme.

Depuis que l’information est tombée, rédactions de presse et simples citoyens s’interrogent. Assiste-t-on à une décision de justice politique ? Les juges sont-ils de nouveau en train de choisir à la place des citoyens pour qui ils pourront voter ? Ce n’est pas aussi simple, ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas grave. La condamnation de Sarkozy dans l’affaire des écoutes est un « produit juridique dérivé » de l’enquête sur le supposé financement de la campagne électorale de 2007. Cette affaire a été rendue publique par Mediapart pendant la campagne présidentielle de 2012 par deux publications, la première le 12 mars 2012, la deuxième le 28 avril, c’est-à-dire à une semaine du deuxième tour. On peut supposer que déjà à cette étape-là, des personnes liées à notre système de justice alimentaient l’enquête journalistique de Mediapart. On peut même émettre l’hypothèse que les dates de publications avaient été choisies pour des critères autres que journalistiques.

Ensuite tout s’enchaîne: d’un côté on n’arrive pas à prouver que Kadhafi avait financé Sarkozy – et s’il l’avait fait, pourquoi ne l’avait-il pas dit lui-même pendant les longs mois écoulés entre le moment où la France a initié la guerre contre la Libye et le moment où il a été tué ? – de l’autre on pousse Sarkozy à la faute. Car ce dernier, voulant se renseigner sur ce qui se tramait – peut-on le lui reprocher ? –  aurait commis – cela reste à être définitivement prouvé – des fautes.

Ce n’est pas simplement qu’après Cahuzac et Fillon, la justice ait voulu montrer à une opinion publique qui ne l’a pas à la bonne qu’elle n’hésitait jamais à se montrer « exemplaire » et intraitable avec les élites. C’est toute une affaire qui commence il y a une décennie avec le soi-disant financement libyen de la campagne de 2007, publiée par hasard cinq ans plus tard au pire moment pour Sarkozy et les différentes démarches de la justice depuis qui sont en cause.

Elisabeth Lévy, directrice de la rédaction de Causeur, revenait ce matin à la radio sur le verdict de cette affaire. Elle a critiqué une décision « scandaleuse » et « inquiétante », dans laquelle le doute ne profite plus à l’accusé, puis a évoqué l’avenir politique de Nicolas Sarkozy. Nous vous proposons d’écouter son intervention sur Sud Radio ci-dessous: