Avec la fermeture prochaine de quatre librairies Gibert Jeune de la place Saint-Michel, le quartier latin perd tout son suc.

Soyons lucides ! Ce n’est pas une nouvelle étonnante, plutôt la conséquence logique d’une déconstruction en marche. Ne faisons pas comme si le livre soutenait encore Saint-Germain-des-Prés et les écrivains guidaient les peuples opprimés. Il y a bien longtemps que le folklore d’Après-guerre a tiré son rideau de fer. Les zazous n’ont plus les moyens de vivre ici-bas, même les caves s’échangent à prix d’or. L’Odéon est occupé et les quais de Seine sont aujourd’hui surveillés. La liberté se vend à tempérament durant les crises sanitaires. Sartre s’affiche en magnets sur les frigos des étudiants et Simone sur les tee-shirts des mères de famille divorcées. Le deuxième sexe s’habille en « No Bra ». La bohème se recycle désormais dans les boutiques de luxe. Le prêt-à-porter a raflé les meilleurs emplacements de la rive gauche. Le quartier latin ne recueille plus comme autrefois les auteurs fauchés, les dissidents pourchassés et les lecteurs du soir.

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