Apartheid inversé dans le monde des Lettres aux Pays-Bas? L’auteure à succès Marieke Lucas Reineveld renonce à traduire l’œuvre de la poétesse noire américaine Amanda Gorman.

Marieke Lucas Reineveld cède ainsi aux attaques formulées par une journaliste néerlandaise noire, originaire de l’ex-colonie de Suriname. Celle-ci affirmait dans un article du journal de gauche De Volkskrant qu’une personne blanche ne peut pas ressentir la détresse d’un peuple opprimé comme les Noirs américains. Et proposait une poignée d’artistes « afro-néerlandais » qui seraient selon elle mieux placés pour traduire des poèmes tels The Hill we Climb (trad: La Colline que nous gravissons), déclamé par Amanda Gorman lors de la cérémonie d’investiture du président Joe Biden.

Marieke Lucas Reineveld ne crut pas bon de se défendre contre ce racisme anti-Blanc à son égard. Au contraire, dans un tweet plein de compréhension pour celle qui l’avait ostracisée, elle courba l’échine. Elle y affirmait même comprendre « celles et ceux qui se sentent blessés par le choix de sa maison d’édition ». Le choix, donc, de lui faire traduire la poésie empreinte de la lutte des Noirs d’Amanda Gorman.

 

La peur des critiques

L’éditeur néerlandais Meulenhoff se résigna de mauvais gré à la désertion de son auteure vedette. Tout en rappelant qu’Amanda Gorman avait elle-même approuvé le choix de la traductrice, après avoir lu un de ses livres en traduction anglaise. Détail qu’avait omis de mentionner la journaliste noire et jalouse. S’il persistait dans son choix, l’éditeur avait l’assurance que des « lecteurs en sensibilité » se pencheraient sur le travail de traduction, pour veiller à ce que la traductrice respecte le poétiquement correct. Peur d’offenser? On peut le supposer, son éditeur britannique avait déjà contraint Marieke Lucas Reineveld à supprimer une blague qu’elle fait dire à un enfant dans son livre: « Pourquoi Hitler s’est-il suicidé? Parce qu’il ne pouvait plus payer la note de gaz. »

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