Verdragon, Bagnolet, sa mairie et l’islamisme – dans le Figaro

Verdragon, Bagnolet, sa mairie et l’islamisme – dans le Figaro

Lu le 7 décembre 2021 dans Le Figaro :

« Ils font régner un tel climat de haine » :

Bagnolet, ce laboratoire indigéniste aux portes de Paris

Par Nadjet Cherigui

(Photo : Un parc de Bagnolet. Adobe stock.)

ENQUÊTE – Dans cette commune de Seine-Saint-Denis de 36.000 habitants, la polémique enfle autour du soutien apporté par la municipalité à une association indigéniste. Un territoire miné par l’idéologie communautariste et racialiste.

Ce modeste appartement c’est son petit nid. Elle l’assure, elle ne le quittera pour rien au monde. Cette ville de banlieue parisienne, à 6 kilomètres à vol d’oiseau de Notre-Dame, elle y a grandi, elle y travaille et refuse de partir.

Pourtant, quand Corinne (son prénom a été changé à sa demande) raconte Bagnolet, la description se décline avec des mots au vitriol. «Bagnolet est la ville la plus endettée de France, le taux de pauvreté concerne près de 30% de la population. Depuis des mois, une enquête financière est en cours sur des soupçons d’emploi fictif au sein de la mairie. Un proche du maire a récemment été condamné pour des faits de corruption dans l’attribution de logements sociaux. Et pour finir d’achever le tableau, notre ville après une campagne sanglante, est passée entre les mains de politiques acoquinés avec des communautaristes et indigénistes. Franchement, cette commune, déjà bien mal en point, n’avait pas besoin de ça !… Le naufrage est sans fin.»

 

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Le constat de cette Bagnoletaise est amer. Sa colère est vive et ses mots sont durs. «Un petit groupe d’indigénistes est désormais aux manettes de la mairie et s’en donne à cœur joie, soupire-t-elle. Ces individus ont décidé d’en faire leur petit laboratoire à ciel ouvert du racialisme et du communautarisme. Cette conquête de leur idéologie toxique a été rendue possible par la main tendue du maire socialiste Tony Di Martino. Bagnolet est dorénavant une véritable baronnie islamo-indigéniste, un terrain sur lequel ils imposent leurs propres règles du jeu.»


La jeune femme estime qu’il est désormais urgent de témoigner et d’alerter, malgré les pressions et les tentatives d’intimidations qui s’exercent à Bagnolet. Elle salue et approuve la démarche des signataires de la lettre ouverte des habitants adressée au maire, Tony Di Martino, le 8 novembre dernier. Dans cette missive, les auteurs (le Collectif Citoyen Bagnolet) interpellent le premier magistrat de la ville au sujet de l’ouverture de «Verdragon, Maison de l’écologie populaire» et de la mise à disposition de vastes locaux de près de 1000 m2. Les signataires l’affirment, ils ne s’opposent en aucun cas à la cause écologiste. Ils s’interrogent sur la présence au sein de cette Maison de l’écologie populaire de l’association Front de mères présidée (et co-fondée) par Fatima Ouassak. Une activiste locale qu’ils décrivent comme une militante indigéniste racialiste et communautariste. «On nous a vendu, une convention avec Alternatiba, insiste Corinne, ce qui n’est pas un problème tant que cette organisation œuvre sur les sujets environnementaux. Notre souci, c’est l’apparition soudaine dans le ‘package’ de Front de mères qui n’est rien d’autre que le faux nez écologiste des indigénistes à la manœuvre dans cette ville.»

 

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Les signataires de cette lettre ouverte s’appuient sur le texte fondateur de l’association Front de mères pour exprimer leur inquiétude et reprennent quelques extraits qu’ils considèrent problématiques. «Parents noirs, arabes et musulmans, parents habitant les quartiers populaires, êtes-vous sereins quand vous confiez vos enfants à l’école le matin ? Nos enfants apprennent à l’école à avoir honte de leurs mamans. Nos enfants apprennent très tôt la hiérarchisation raciale. Nos enfants apprennent à l’école à avoir honte de ce qu’ils sont.»

Communautarisme rampant

Derrière ce texte, que les signataires de la lettre qualifient de racialiste et incompatible avec les valeurs de la République, il y a Fatima Ouassak.

Elle est la compagne de Youcef Brakni, originaire de Bagnolet, ancien membre du Mouvement Islamique de Libération, proche des indigénistes. Aussi porte-parole du comité «La vérité pour Adama», l’homme virulent sur les réseaux sociaux et en public a notamment créé la polémique en citant le prophète Mahomet lors d’un conseil municipal. Fatima Ouassak a, quant à elle, été associée à la gestion de ce nouveau lieu dédié à l’écologie. La présidente du syndicat de parents Front de mères, elle aussi, anciennement proche du parti des indigènes de la République est connue pour ses positions hostiles aux institutions républicaines. «Le racisme est une obsession chez elle, raconte un ancien élu. C’est une communautariste qui avance déguisée. Elle prétend, par exemple, vouloir le bien des enfants en militant pour l’alternative végétarienne dans les cantines scolaires, mais en, réalité elle veut répondre à des revendications religieuses de la population musulmane.»

 

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Les 36 citoyens bagnoletais, signataires de cette lettre ouverte se décrivent eux-mêmes comme «engagés au quotidien pour une société plus juste, pour lutter contre les discriminations et le racisme». Pour autant, leur initiative a suscité de vives réactions. Ils ont notamment été accusés d’être racistes et réactionnaires. Le sujet devenu polémique a fait l’objet d’une discussion très tendue lors du conseil municipal du 18 novembre dernier. Jean-Claude Oliva pourtant élu au sein de la majorité a pris la parole pour affirmer ne pas avoir été informé de la présence de syndicat Front de mères au sein du projet de la Maison de l’écologie populaire, il a aussi défendu les signataires. «Je ne partage pas l’idée qui a été exprimée que l’on serait face à un texte réactionnaire émanant de certains citoyens voire de forces qui se cacheraient derrière ces citoyens. Je trouve que ce texte mérite une réponse. Je connais les premiers signataires des gens qui habitent dans mon quartier et des électeurs de gauche.»

De son côté, le maire socialiste Tony Di Martino a affirmé, lors de ce conseil municipal, son soutien à Verdragon et déclaré vouloir travailler à sa pérennité.

L’élu s’inscrit ainsi en totale contradiction avec Olivier Faure, patron du parti Socialiste qui, interrogé sur LCI au sujet du syndicat Front de mères et de son texte fondateur, disait son opposition au soutien d’une telle organisation. «On ne peut pas cautionner, affirmait-il au micro d’ElisabethMartichoux, ni de près, ni de loin des gens qui ont un discours contre l’école de la République, contre la République elle-même.» Ces désaccords n’ont pas été abordés par l’équipe municipale. Édouard Denouel adjoint à l’éducation a fustigé l’opposition qui selon lui ferait la publicité d’une lettre ouverte «réactionnaire» et «raciste».

 

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Gabrielle Ngoa n’est pas surprise de la tournure que prennent les débats dans la ville. Cette mère célibataire vit dans le quartier populaire de la capsulerie. Engagée sur le terrain comme en politique, Gabrielle insiste pour rappeler les conditions de l’élection de l’actuel maire lors des dernières municipales. «ÉdouardDenouel s’est présenté contre Di Martino. Avec sa liste citoyenne, il avait le soutien des indigénistes et de Fatima Ouassak la fondatrice du Front de mères.» Gabrielle revient longuement sur le psychodrame qui a secoué la campagne, à partir d’une lettre anonyme rédigée par Tony Di Martino. En date du 28 mars 2019, un mail est envoyé à Gilles Lagarde, directeur du cabinet du président du Sénat, supérieur hiérarchique d’Edouard Denouel qui est cadre de la fonction publique.

Di Martino est obligé de composer avec cette clique d’indigénistes. Il est pris au piège. S’il lâche Ouassak, il perd la ville.

Gabrielle Ngoa

 Dans ce texte Tony Di Martino se fait passer pour un membre de collectif laïque et dénonce les accointances de son adversaire politique avec la mouvance islamo-indigénistes. « Youcef Brakni et son épouse Fatima Ouassak sont d’anciens membres du Parti des Indigènes de la République, dont ils relaient les idées sur le racisme structurel d’Etat, notamment au sein de l’Education Nationale ou sur les violences policières au sein du comité Adama.» « C’est avec ces personnes que M. Denouel a organisé un rassemblement officiellement dédié à la paix après les attentats de Christchurch mais où il énumère micro en main les victimes de ‘l’islamophobie’.» « Ces idées et cette vision antirépublicaine sont portées par un haut fonctionnaire du Parlement Français !»

 

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Depuis l’envoi de ce courrier, Tony Di Martino a reconnu être le corbeau et s’est rabiboché avec celui qu’il essayait de torpiller. Il a fait alliance au second tour avec Édouard Denouel et sa liste citoyenne ce qui lui a permis de remporter l’élection. «Aujourd’hui, analyse Gabrielle, Di Martino est obligé de composer avec cette clique d’indigénistes. Il est pris au piège. S’il lâche Ouassak, il perd la ville.»

Rien d’étonnant, selon elle, que l’on retrouve Fatima Ouassak installée avec son association Front de mères dans un vaste local de près de 1000 m2. « La mairie, insiste-t-elle, lui donne les moyens de distiller ses idées haineuses.» Gabrielle est une femme en colère. Elle décrit un climat oppressant au sein de la ville pour ceux qui voudraient interroger, critiquer ou apporter la contradiction. «Ils sont convaincus d’être les seuls dans la vérité. Tous les autres sont des fachos à leurs yeux. Ils n’ont d’ailleurs que cet argument à la bouche. Je suis d’origine camerounaise et je ne suis pas d’accord avec eux. Je défends cette France qui m’a beaucoup apporté. Contrairement à Fatima Ouassak, lorsque je mets mes enfants l’école je suis tranquille. Pour toutes ces raisons ces gens me qualifient de colonisée. C’est terrible, ils font régner un tel climat de haine que l’Etat ne peut pas rester sourd à ce qu’il se passe ici.»

Inquiétude brûlante

Sarah partage la même inquiétude. Infirmière scolaire et habitante de Bagnolet, elle fait partie des signataires de cette lettre ouverte adressée au maire. La jeune femme regrette le silence de l’édile et balaie d’un revers de main les accusations en racisme. «La grande majorité des signataires sont des gens de gauche. Nous ne sommes pas des fachos. Ces communautaristes sont, quant à eux, bien peu fréquentables. Ils ont invité au lendemain des attentats islamistes de Toulouse des membres du Parti des Indigènes de la République comme Houria Bouteldja qui a affirmé ‘Mohamed Merah c’est moi’. Ces idéologues veulent diviser. Ils attaquent l’universalisme et les valeurs fondatrices de notre République. Lorsqu’on les contredit, on s’expose à des insultes ou des menaces. Ils sont dangereux.»

 

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C’est aussi pour ces raisons que Saliam veut parler. La jeune femme est une artiste engagée sur les sujets écologistes. Signataire de la lettre ouverte, elle s’interroge sur les réelles motivations de Fatima Ouassak et de son organisation. Pour elle, la Maison de l’écologie populaire est en réalité une coquille vide utilisée pour organiser des réunions d’activistes indigénistes et racialistes. «Elle a fait de l’agitation autour de la pollution de l’échangeur sans action ou proposition concrètes. Elle a fait venir Assa Traoré et le comité la Vérité pour Adama. Les gens qui l’entourent sont tous placés politiquement. Elle parle de gens des quartiers mais on ne les voit pas dans son entourage.

Ce lieu sert de tribune pour distiller ses idées. Fatima Ouassak et ses amis ont un objectif. Ils veulent mettre à mal la police, mettre à mal le socle républicain.»

Face aux attaques, les signataires de cette lettre ouverte disent envisager une réponse judiciaire. Le maire et les responsables de la Maison de l’écologie populaire n’ont, quant à eux, pas répondu à nos sollicitatio